Deux mots expliquent à eux seuls un phénomène apparemment étrange : si les appareils électroménagers, à tous les niveaux, ont fait d’énormes progrès en termes de performance et d’efficacité, leur durée de vie est en revanche de plus en plus courte. Il faut donc les remplacer plus fréquemment qu’auparavant. Le premier mot est « obsolescence programmée », une technique très sophistiquée qui consiste à fabriquer intentionnellement des appareils électriques et électroniques pour qu’ils aient une durée de vie réduite et soient remplacés par un nouvel appareil. Le second mot est « le droit (refusé) à la réparation ». Tout doit changer, et dans ce domaine, rien n’a besoin d’être réparé.
La société de consommation a des conséquences désastreuses. Alors que la technologie repousse sans cesse les limites du progrès, créant de nouveaux produits et de nouveaux besoins, nous nous retrouvons face à un constat alarmant : vêtements des appareils électroniques qui durent moins longtemps. Au contraire: ils sont nés pour durer moins longtempsEn Allemagne, les résultats d'une étude menée par l'Université de Hambourg ont provoqué un scandale, démontrant que 60 % des téléviseurs ont été remplacés des consommateurs allemands Il est toujours en parfait état de fonctionnement.Et pendant ce temps, la durée de vie moyenne d'un téléviseur est passée de 9 à 5,6 ans au cours de la dernière décennie. Presque deux fois moins. Il en va de même pour les ordinateurs, qui perdent 10 % de leur durée de vie tous les sept ans. Et pour machines à laver, les aspirateurs, les lave-vaisselle. Ou encore les iPhones, produits selon la même logique : chaque nouveau modèle a une durée de vie plus courte que le précédent. Objets Symboles de la société de consommation, en résumé, leurs performances sont de plus en plus sophistiquées et attrayantes, mais doit avoir une durée de vie plus courte. À remplacer.
En argot, on l'appelle Obsolescence planifiéeEt ce n'est pas une ruse, mais bien un levier pour pousser la courbe des achats vers le haut, bien au-delà de nos besoins. C'est là, dans ce paradoxe apparent du progrès qui rend chaque objet plus vulnérable, que réside un rouage essentiel de la machine manipulée du capitalisme compulsif, celle-là même qui a déraillé avec la Grande Dépression. En France, entre 1990 et 2008, année du début d'une récession interminable, les achats d'électronique ont été multipliés par six, tandis que les coûts de réparation ont diminué de 40 % et que 44 % des appareils électroménagers français finissent à la décharge. Moins d'entretien, plus de consommationVoici l'équation de la société de consommation. Lorsque les chiffres ne collent pas, du point de vue du budget des consommateurs, au point qu'en France même, une loi très stricte contre l'obsolescence programmée a été adoptée. Lorsqu'il est prouvé qu'un appareil est conçu pour « intentionnellement » raccourcir sa durée de vie, les responsables s'exposent à une amende pouvant atteindre 300 2 € et à une peine d'emprisonnement allant jusqu'à deux ans. Une proposition similaire est également en discussion au Parlement italien ; elle a été présentée par le député SEL Luigi Acquanti, qui préconise des amendes et des garanties d'une durée minimale de dix ans pour les appareils électroménagers.
Mais une loi, aussi sévère soit-elle, ne pourra certainement pas démanteler un mécanisme qui a guidé un modèle de croissance économique pendant des décennies. Aux États-Unis, le cas de ampoulesJusqu'à la crise de 1929, leur durée de vie était en moyenne de 2 500 heures ; puis, au moment de relancer l'économie, ce qui aux États-Unis signifiait avant tout consommation de masse, les grandes entreprises manufacturières acceptèrent de réduire la durée de vie des ampoules à 1 000 heures maximum. L'obsolescence servait, hier comme aujourd'hui, à éviter une baisse de la demande. Maintenant que la Grande Dépression est derrière nous… modifié de manière radicale nos modes de vieOn peut toutefois se demander si le système de réduction de la durée de vie des appareils électroménagers est encore le plus efficace, pour le marché, les fabricants et les consommateurs. La réponse est non, il ne profite à personne. Tout d'abord, il n'attire pas les consommateurs eux-mêmes : en Italie, jusqu'en 2008, seuls 60 % d'entre eux envisageaient de faire réparer un appareil électrique ou électronique ; aujourd'hui, ce chiffre atteint 85 %. Nous ne sommes plus disposés à nous soumettre passivement, les bras levés en signe de reddition, au diktat du vendeur qui, face à un petit mécanisme défectueux, nous lance d'un ton péremptoire : « Vous feriez mieux d'en acheter un neuf. » Nous voulons de l'aide, de la qualité et la possibilité de réparer, sans… esclavage par achat forcé ce qui se traduit souvent par déchetsDans chaque foyer, huit appareils électroménagers encore fonctionnels mais inutilisés dorment dans un placard, un tiroir ou une cave. Par ailleurs, la culture du jetable s'est uniformisée et banalisée. Elle génère peu d'emplois et freine même l'innovation. L'économie circulaire, où les biens de consommation ont une durée de vie plus longue, voire doublée, ouvre de nouvelles perspectives en repensant précisément les paradigmes existants.
D'après toutes les études sur le marché du travail, le secteur de la maintenance correspond à une nouvelle demande de main-d'œuvre. Par conséquent, réparer un électroménager Il ne s'agit pas seulement d'une économie pour le propriétaire, mais aussi d'un source de revenus et emploi pour ceux qui peuvent l'exploiter. Et nous en sommes arrivés au point où les entreprises elles-mêmes, autrefois prisonnières de l'obsolescence programmée, envisagent désormais de recycler et de remettre en état les appareils. À l'École polytechnique de Milan, grâce à un investissement du CNR (Conseil national de la recherche) et de groupes industriels comme Candy et Magneti Marelli, une usine d'économie circulaire a été construite, véritable prototype du futur, employant 25 personnes. Chaque appareil est démonté et démantelé avant qu'une décision ne soit prise quant à son devenir. Deux options sont possibles : l'appareil est régénéré et vendu comme neuf, ou toutes ses précieuses matières premières, dont l'or, sont récupérées. Enfin, l'économie circulaire a un effet d'entraînement en termes de réduction : elle permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. déchets électroniques, soit actuellement l'équivalent de vingt kilogrammes par habitant. Moins de déchets et plus de recyclage : le nouveau modèle de développement, si présent dans l'esprit des économistes du monde entier, repose également sur ce principe.
Outre l'obsolescence programmée et l'incitation au gaspillage par le biais d'achats compulsifs, les appareils électroménagers et les produits électriques et électroniques durent également de moins en moins longtemps pour d'autres raisons.
- matériaux de qualité inférieurePour réduire les coûts de production, les fabricants utilisent parfois des matériaux moins chers et moins durables que ceux utilisés par le passé.
- Les technologies les plus avancéesElles permettent des fonctions plus sophistiquées, mais parfois au détriment de la durabilité. Par exemple, les circuits électroniques complexes, les fameuses cartes de circuits imprimés que l'on trouve désormais dans tous les appareils électroménagers, sont plus susceptibles de tomber en panne.
- Coûts de réparation:i coûte souvent presque aussi cher qu'un produit neuf, ce qui incite les consommateurs à le remplacer plutôt qu'à le réparer.
- réglementation sur l'efficacité énergétiqueCes réglementations ont contraint les fabricants à réduire la consommation d'énergie, mais certaines solutions adoptées pour s'y conformer pourraient compromettre la durée de vie des appareils.
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