Ils peuvent couper toutes les fleurs, mais ils n'arrêteront jamais le printemps (Pablo Neruda)

Il existe une force en toute chose, et dans la nature, capable de plier même la pire volonté humaine. Il suffit de la maintenir vivante.

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Avec une formule à la fois sèche et poétique, Pablo Neruda parvient à condenser les contradictions de la vie. Noir et blanc, lumière et obscurité, bien et mal. L'action humaine peut être destructrice, contre soi-même, contre autrui et contre la nature : chacun est capable de nuire. De couper des fleurs. Et peu importe si ce n'était pas l'intention première. Mais finalement, tôt ou tard, une force irrésistible, une volonté collective qui transcende les instincts individuels, aboutit à un tout autre résultat. Et ainsi le printemps arrive , quoi qu'il arrive, et nul ne peut l'arrêter.

Cette métaphore peut s'interpréter de multiples façons, tant dans l'intimité que dans la sphère publique. Nos liens affectifs, nos relations, sont un voyage constant, un chemin qui alterne entre longs tunnels et routes à ciel ouvert. Parfois, l'obscurité règne, parfois, la lumière est totale. Mais si nous sommes bienveillants les uns envers les autres, si nous n'avons pas perdu notre capacité d'aimer, le printemps arrive. Avec tout son éros, capable de terrasser Thanatos , ce sentiment de mort qui nous habite tous.

La violence n'est ni une condamnation ni une fatalité, qu'elle se manifeste sous le masque de la perversion criminelle du féminicide ou qu'elle s'étende aux peuples et aux nations dans les atrocités de la guerre. Elle est toujours motivée par l'intérêt personnel, par la volonté, par une manière d'affirmer son pouvoir en étouffant la vie. Mais tôt ou tard, même au bout de ces tunnels, une lueur printanière apparaît, peut-être allumée par celles et ceux qui ont su témoigner par leur vie de ce que signifie véritablement le choix de la non-violence, dans chaque geste, du plus infime au plus grand.
Il en va de même pour la vie publique. Ceux qui croient véritablement au bien commun, à la possibilité d'un progrès et d'un bien-être non concentrés entre les mains de quelques-uns mais accessibles à tous, tiennent compte d'une série d'échecs dans leur engagement public. On finira par couper les fleurs qu'ils ont tenté de semer. Jusqu'à ce que le printemps revienne avec ses parfums et ses plantes florissantes : preuve que la volonté, la passion et l'audace peuvent infléchir le cours des choses.

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