Pourquoi avons-nous besoin du sens des proportions ?

Cela nous aide à ne pas sombrer dans l'extrémisme, dans les exagérations, dans tout ce qui rend la vie en commun difficile.

IMPORTANCE DE LA MODÉRATION
À la question « Pourquoi avons-nous besoin de modération ? », la réponse est simple : parce que cela nous aide à éviter les extrêmes et les exagérations qui empoisonnent la vie en société, à tous les niveaux, et la rendent plus difficile. Sur le plan personnel, la modération nous permet de ne pas être submergés par nos émotions ou nos désirs. Sans un certain équilibre intérieur, nous risquons de passer d'un excès à l'autre : l'enthousiasme qui se mue en impulsivité, la peur qui se transforme en paralysie, le désir qui devient addiction. La modération n'atténue pas les émotions, mais les rend gérables.

 

Concrètement, cela nous permet de prendre des décisions plus efficaces. Presque tout dans la vie fonctionne mieux avec modération : le travail et le repos, le risque et la prudence, la parole et l’écoute. En l’absence de modération, même les bonnes choses deviennent contre-productives (par exemple, trop travailler ou être trop prudent).

Sur le plan social, c'est ce qui rend la coexistence possible. Le sens des proportions est lié à l'idée de ne pas envahir tout l'espace, de reconnaître les limites, de respecter celles des autres. Sans cet équilibre, les conflits, la compétition extrême ou l'injustice prévalent. En philosophie, cette idée, aujourd'hui quelque peu passée de mode, est ancienne : pour les Grecs, la « mesure » ​​était déjà une forme de sagesse, car elle permettait d'éviter le gaspillage. hybris, c'est-à-dire l'arrogance, l'idée de pouvoir dépasser toutes les limites sans conséquences.

Quand on parle de sens des proportions, on imagine quelque chose de statique, une sorte de ceinture de sécurité pour naviguer sur les flots tumultueux de la vie. Or, le sens des proportions est comme une boussole dont les points cardinaux sont en perpétuel mouvement, nous aidant à trouver un point d'équilibre. Ce point d'équilibre ne peut jamais être le même en toutes circonstances, mais se modifie, parfois rapidement, dès que les circonstances l'exigent. Ce qui semblait impossible hier est aujourd'hui à notre portée : pourquoi ne pas essayer ? Mais ce qui paraissait facile hier est devenu complexe aujourd'hui : pourquoi ne pas s'arrêter un instant et y réfléchir ?
La réalité ne cesse de surprendre, brisant l'illusion d'espoirs infondés et en créant de nouveaux, parfois inattendus. Et la vitesse du changement nous échappe parfois tant elle est puissante : le sens des proportions nous aide à garder le cap, à ne pas dérailler, même si le chemin emprunté diffère de celui que nous avions imaginé il y a peu.
En ces temps de vie excessive, de narcissisme Habitués à des impulsions qui l'emportent sur les sentiments, à cet éternel présent, il est facile de perdre le sens des proportions : nous faisons, ou essayons de faire, tout et plus encore, et nous en demandons toujours plus, même à nous-mêmes. Pour ensuite nous retrouver contraints de faire le bilan de nos déceptions.

La définition la plus concise et synthétique de vertu la taille est certainement due à Orazio, qui a gravé la phrase «Est modus in rebus»Il y a une mesure à toute chose. D'où l'effet poupée russe : l'homme qui a le sens des proportions parvient à ne pas perdre l'équilibre, le bon sens, le calme ni l'équité. Il sait être prudent sans tomber dans la lâcheté. Et ses calculs ne sont pas le fruit du cynisme, mais de la raison.

La maxime d'Horace devint très populaire et fut constamment citée dans la Rome antique. Elle véhiculait également un sens des limites, que les Romains jugeaient insurmontable, une frontière au-delà de laquelle la justice était impossible et où l'on risquait de sombrer dans l'illusion de toute-puissance (hybris), considérée dans l'Antiquité comme le pire des péchés mortels. La modération sous-jacente à cette maxime est modus en rébus, au contraire, conduit directement au sens des proportions. Horace, rappelons-le, parlait lui aussi de juste milieu, ce qui n'était certainement pas une invitation à une vie ennuyeuse et médiocre, mais un appel à la tempérance, à sobriété et à la modération. C'est-à-dire, au sens des proportions.
La modération, en tant que composante de la sobriété, est synonyme d'élégance. Ceux qui élèvent constamment la voix, donnant l'exemple et croyant que c'est la bonne façon de faire valoir leurs arguments, commettent avant tout un acte d'impolitesse contagieux. C'est le sens de la modération qui nous pousse vers la bienveillance, clé essentielle pour des relations humaines saines. Ignorer la modération dans la critique, même justifiée, revient à se ranger du mauvais côté. C'est fermer la porte à tout dialogue et laisser les débris d'un conflit irréconciliable sur le champ de bataille. La modération, en revanche, grâce aussi à l'élégance qu'elle dégage, facilite la résolution des différends. Presque toutes les querelles de copropriétaires pourraient être évitées si la majorité des copropriétaires faisaient preuve d'une modération raisonnable et constante dans la gestion des problèmes de la vie quotidienne.
Dans cette dimension esthétique, la modération rencontre l'éthique. Elle se mue en un juste équilibre qui nous incite à ne pas gaspiller notre énergie et, en tout cas, à l'exprimer avec justesse. Ceux qui manquent de modération se montrent généralement forts envers les faibles et faibles envers les forts. Notre voie doit aller à contre-courant. Les forts qui exagèrent sont ouvertement remis en question par les forts. Pour les faibles, il faut ajouter à cela la tolérance et, si l'on a le don de la foi, de la compassion. miséricordeIl est trop facile de s'en prendre à ceux qui ont peu de moyens de défense, et une grande partie de la violence découle précisément de la perte du sens des proportions. Nous le constatons chaque jour dans les rues, dans rancore de ceux qui voyagent par tous les moyens et sont prêts à attaquer à coups de klaxon ou par une insulte classique simplement parce qu'ils croisent un automobiliste ou un piéton imprudent.

La modération est une forme de réalisme. Un réalisme sain. Ne gaspillons pas nos espoirs, nos émotions et nos ambitions en allant au-delà de ce qui est raisonnablement possible. Voulons-nous préserver la valeur intrinsèque d'une amitié ? Souhaitons-nous vraiment la pérennité de son amitié plutôt que de la voir s'altérer avec le temps ? Alors, faisons preuve de discernement et n'exigeons pas de nos amis qu'ils changent de personnalité pour nous plaire. Acceptons-les pour leurs qualités, plutôt que de les critiquer pour leurs défauts. Et étendons cette attitude à leurs proches. Les amis et les parents savent garder la mesure, même s'ils ont choisi comme conjoints des personnes qui ne suscitent pas notre admiration totale. Acceptons-le. Et tournons-nous vers l'avenir.

La mesure est méthode, au sens cartésien du terme. Il s'agit de parvenir à une solution en recherchant un point d'équilibre où les raisons de chacun sont prises en compte, et non l'arrogance d'un seul. Il s'agit d'aborder un problème en l'examinant calmement sous tous ses aspects. Il s'agit d'éviter de se laisser emporter par ses émotions lors des moments de tension.

Le réalisme, inhérent à un mode de vie guidé par le sens des proportions, n'a rien à voir avec l'opportunisme. Ce sont deux approches très différentes, de la vie et des autres. Dans le premier cas, prévaut la conscience que l'espoir doit toujours se confronter à la réalité, à la vérité des choses. Une belle et noble définition de la politique la considère comme « l'art du possible ». Une médiation qui n'est pas un compromis décourageant, mais plutôt une recherche, par l'exercice du sens des proportions, d'un point d'équilibre partagé.

En revanche, l'opportunisme dissimule un sens des proportions, fruit d'un calcul constant de nos actions. Si je fais quelque chose (X), quels avantages (Y) en retirerai-je ? Telle est la question qui régit l'existence même de l'opportuniste, toujours prêt à changer d'alliances pour atteindre ses objectifs. Jusqu'à ce qu'il trouve un adversaire plus puissant, auquel cas il devra se soumettre à la loi du plus fort.

Citations célèbres sur le sens des proportions

<La misura L'amour est l'amour sans amour. 
Sant'Agostino
Il n'y a qu'un seul domaine où nous devons être sans limites, au point de nous laisser aller complètement : l'amour. Avec ce sentiment, nous pouvons nous sentir libres de dépasser les bornes de la modération et, en effet, prendre le risque de nous écorcher le genou. Aimer est synonyme d'intensité, de liberté. senso di misura que la vie, rationnellement, exige.
<Il segreto per vivere a lungo è: mangiare la metà, camminare il doppio, ridere il triplo e amare senza misura>
Proverbe chinois
Dans l'extraordinaire synthèse de cet ancien proverbe chinois, vous trouverez de nombreux éléments qui constituent le fondement de la philosophie Vivi lieve. Il s'agit de modes de vie simples, inspirés précisément par… senso de misura, de l'alimentation à l'activité physique, en passant par le souvenir des vertus thérapeutiques du rire, déjà connues des Chinois. Et pour eux aussi, comme pour la doctrine chrétienne, senso de misura Elle ne disparaît que face à l'amour.
<Ciascuno di noi ogni tanto è cretino, imbecille, stupido o matto. Diciamo che la persona normale è quella che mescola in misura tous ces composants sont raisonnables> 
Umberto Eco
Seul un narcissique endurci, imbu de lui-même et incapable de lever les yeux de son nombril, peut nier les faiblesses résumées par Umberto Eco. Nous y succombons tous, tôt ou tard, et à plusieurs reprises. senso de misura alors cela devient une bouée de sauvetage : nous perdons la raison, nous devenons stupides, mais c'est le senso de misura cela nous ramène à la réalité. Cela nous sort des eaux peu profondes d'une vie figée dans nos préjugés ou nos croyances sans discernement. senso.
Confucius
 
Confucius voyait également dans le senso de misura Une boussole. Pour ne pas se perdre. La vie nous entraîne souvent dans un labyrinthe où chaque pièce est faite de miroirs qui reflètent les excès, nous incitant presque à l'exagération. Ceux qui ne cèdent pas à cette tentation ne se considèrent pas comme normaux. Et pourtant, être dépourvu de… senso de misura Cela signifie avoir une certitude quasi mathématique de sortir de la route. Avec tous les risques que cela comporte.          

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